• Y a plus de jeunesse.

    Figure toi qu'y a quelques semaines, je suis parti au ski. 

    Tu comprends, fallait bien que j'aille éliminer un peu tout le gras que je m'étais enfilé pendant ces longs mois d'hiver.

    Et c'est donc avec ma grâce toute naturelle que j'ai donc dévalé les cimes.

     

    Y a plus de jeunesse.

    Moi même, profitant des sports d'hiver

     

    Sauf que voilà, j'ai à moitié chopé une bonne crève des familles pendant ce week end là.

    Le lundi, j'avais à peu près la même voix que si j'avais fumé le tiers de la production annuelle de Gitanes maïs. Et j'avais bien mal à la gueule. Tellement que je pouvais plus bouffer.

    Ce qui - tu en conviendras, est une situation tout à fait inacceptable.

     

    C'est donc là que je te prouve que les vieux sont des cons.

    Ouais.

     

    Parce que du coup, je vais à la pharmacie chercher quelque remède contre mon piteux état, après les cours, qui m'ont paru une éternité puissance 3.

    Déjà quand tu rentres, tu te prends une vieille effluve effluve de pastille Valda menthe dans la tronche, genre "pour info je vends du Viks Vaporhub".

    Ensuite, tu constates qu'y a 200 personnes qui ont décidé de venir acheter du paracétamol en ce beau jour de décembre.

     

    Patientons, puisqu'il le faut.

     

    Plus tard, alors que c'est sur le point d'être à mon tour d'être servi, v'là pas qu'une vieille rentre dans la pharmacie, vient direct vers moi et m'accoste à peu près comme un scout qui pense que tu vas lui filer de la thune pour que sa patrouille aille chier dans un trou dans les bois, au milieu du parc de la Tête d'Or. 

     

    Y a plus de jeunesse.

    Bonjour, je vais vous passer devant, si ça vous dérange pas.

     

    Qu'elle me dit.

    Ma pauvre vieille. Si tu savais sur qui t'es tombée.

    - Ben un peu que ça me dérange, vous voyez. Je fais la queue depuis facile 20 minutes, et les gens derrière aussi. Donc pourquoi vous voulez me passer devant ?

    - Mais Monsieur, j'ai une carte prioritaire.

     

    Là, je sens qu'on va s'amuser.

    T'as déjà vu une carte prioritaire toi ? Ben moi non plus.

     

     

    Y a plus de jeunesse.

    Tu me prends pour une grue ?

     

    Donc gentiment, je lui dis que ça n'existe pas, et qu'elle fera la queue comme tout le monde, n'en déplaise à son grand âge.

    Et le fossile, qui devait pas s'attendre à ce qu'on s'oppose à sa prestance (et à sa santé qui n'avait franchement pas l'air pire que la mienne), commence à vouloir disputer le bout de gras en insistant. S'en suit le dialogue suivant :

    - Ben alors montrez-la moi, votre carte prioritaire.

    - Nan, j'ai pas le temps, répond la vioque.

    - Mais si, regardez : y a pas encore de caisse de libre !

    - Non mais j'ai une carte prioritaire, alors je passe devant, me dit-elle d'un ton sec.

     

    Ma patience ayant atteint ses limites, je lui suggère donc de ne pas me péter les burnes plus longtemps et de patienter, comme tout le monde le fait.

    - Mais je suis plus agée alors j'ai le droit de passer !

     

    Y a plus de jeunesse.

    Je t'arrête tout de suite

     

    Dixit la meuf qui se porte très bien, mais qui aime bien avoir cette excuse sous le coude si besoin est.

    Histoire de remettre les choses au clair, je lui explique que le fait d'être vieille ne lui donne pas des droits en plus, mais simplement la possibilité de ne pas venir à 17:30 dans une pharmacie, mais plutôt pendant des heures creuses. 

    L'argument invalidé, elle passe au suivant :

    - Oui mais monsieur, je souffre.

    Y a plus de jeunesse.

    Oui, oui, c'est ça.

    Devant mon air dubitatif, voilà qu'elle commence à m'expliquer en détail tous les médocs qu'elle prend. Je ne fais même pas semblant d'être intéressé.

     

    Y a plus de jeunesse.

    Moi-même, pendant l'énonciation des remèdes

    "...et 5 cachets de juvamine, de l'anusol, et en plus un suppo matin et soir..."

     

    Et le pire, selon elle, c'est qu'elle n'avait plus de smecta ! D'ailleurs, si elle n'avait pas une boite avec elle dans les 30 secondes (cachet de la poste faisant foi), elle allait se mettre à chier des troncs de baobab, ce qui la ferait très vraisemblablement mourir sur le pot.

    (j'exagère à peine)

     

    Y a plus de jeunesse.

    Ohhhhh vite mon smecta chéri !

     

    Du coup, pour lui faire comprendre que le monde ne tournait pas autour de son ampoule rectale (je te laisse consulter un manuel d'anatomie si tu doutes de l'existence de la chose) (ou demande à Magali, qui passera forcément sur ce blog), je lui demande ce qu'il en serait si j'avais un cancer ?

    Grosse esquive de la réponse.

    - Non mais Monsieur, vous êtes vraiment odieux, vous voulez pas me laisser passer ?

    Y a plus de jeunesse.

    - Non mais vraiment, je souffre

    - Mon cul ouais Ben non madame, le civisme, c'est pour tout le monde.

    - Mais j'en ai pour deux minutes !

    - Moi aussi, c'est fou non ?

    - Vous vous moquez de moi ?

    - Un peu, Madame.

     

    Fallait bien qu'elle se montre outrée un minima, et qu'elle prouve au reste de l'audience que les jeunes sont tous cons à manger de la merde. Alors elle lâche un :

    - Petit con !

    Ce à quoi je réponds allègrement

    - Ta gueule, la vieille.

     

    Y a plus de jeunesse.

    Gros regards dans l'audience

     

    (et si là tu estimes que je suis effectivement un petit con qui manque de respect aux vieux, je te répondrai que j'en ai rien à foutre, et que j'ai été élevé de manière à respecter les gens, sauf s'ils ne me respectent pas)

    (et encore moins quand j'ai la crève)

     

    Juste à ce moment, v'là pas qu'une caisse se libère.

    La vieille, aussi malade qu'elle prétendait l'être, est à peu près aussi rapide que moi pour y parvenir. Pas mal pour une grabataire censée souffrir de terribles maux.

    Je la grille sur la ligne d'arrivée, en la poussant un peu pour me retrouver devant la caissière.

     

    Y a plus de jeunesse.

    Dégage.

    Y a plus de jeunesse.

    Mais vraiment.

     

    La fossilisée bougonne, mais reste à côté de moi.

    Je demande donc un truc contre le mal de gorge et du paracétamol pour la fièvre.

    Et la vieille ose me sortir :

    - Mais vous êtes un menteur, vous avez pas de cancer !

    - Donc en plus d'être chiante, t'es conne ? Non Madame, c'était une image que j'employais.

    - Menteur !! Qu'elle répète.

    - Ben vous, vous avez pas de carte prioritaire, alors on est quitte non ? Je lui réponds, en prenant mes médocs.

     

    La voyant ne pas savoir répondre, je soigne ma sortie en lui balançant (un peu par réflexe) :

    - Allez, bisous.

     

    Y a plus de jeunesse.